CHAPITRE:

AVION CARGO

UN EXTRAIT

J'écris ces lignes depuis le « Genius Bar » du Mac Store - l'épicentre de tout, sauf du génie. Le génie que j'étais avait supprimé un dossier que j'avais eu le génie de nommer « Documents » et qui contenait plus ou moins tout ce que j'avais écrit depuis que j'étais suis en âge de lire et écrire.   La dernière fois que j'avais fait quelque chose dans ce genre remontait à une dizaine d'années. J'avais un bon copain - qui n'en est plus un, malheureusement - dont la famille était à la tête de la plus grande et la plus diabolique société de sécurité au monde. Cette même société qui avait été chargée de récupérer toutes les données des ordinateurs de Saddam Hussein. S'ils avaient pu faire ça, ils pourraient récupérer mon dossier. Je leur avais déposé mon ordinateur portable et une semaine plus tard on m'avait remis une pile d'environ 200 CD-ROM, je crois que c'est comme ça qu'on les appelait à l'époque. En Savoir Plus

J'écris ces lignes depuis le « Genius Bar » du Mac Store - l'épicentre de tout, sauf du génie. Le génie que j'étais avait supprimé un dossier que j'avais eu le génie de nommer « Documents » et qui contenait plus ou moins tout ce que j'avais écrit depuis que j'étais suis en âge de lire et écrire.   La dernière fois que j'avais fait quelque chose dans ce genre remontait à une dizaine d'années. J'avais un bon copain - qui n'en est plus un, malheureusement - dont la famille était à la tête de la plus grande et la plus diabolique société de sécurité au monde. Cette même société qui avait été chargée de récupérer toutes les données des ordinateurs de Saddam Hussein. S'ils avaient pu faire ça, ils pourraient récupérer mon dossier. Je leur avais déposé mon ordinateur portable et une semaine plus tard on m'avait remis une pile d'environ 200 CD-ROM, je crois que c'est comme ça qu'on les appelait à l'époque.  « Qu'est-ce qu'il y a dessus ? » demandai-je.    « Tout », me répondit-on. « Tout » est en général une exagération, mais pour le coup il aurait fallu inventer un mot plus encore plus fort. Non seulement les CD contenaient le moindre fichier que j'avais créé et le moindre brouillon de fichier que j'avais créé, mais aussi des photos de toutes les pages Web que j'avais consultées : recherches sur Google, achats sur Amazon, furetage sur Ebay, e-mails en cours, des milliers de Une du New York Times. . . . Si rien que ça, ça avait été « tout », ça aurait été un impressionnant « tout ».  Mais ça n'était pas tout. Image après image après image, des images que je n'avais jamais vues : Je me souviens d'une photo en noir et blanc des yeux et du regard profond de Paul Celan, et de la carte routière d'une ville de la Costa Brava ; je me souviens des briques de la Maison expérimentale d'Alvar Aalto et de parachutes enchevêtrés ; je me souviens des mains de la créatrice de tapis suédoise Marta Maas-Fjetterstrom (avec pour légende : « Marta Maas-Fjetterstrom, tisseuse de rêves »). . . .  Je n'avais jamais vu ces choses-là, mais j'aurais pu. C'était le diaporama d'une vie plausible, ou de la vie de mes rêves, ou de mon subconscient. (Ou, comme j'allais le découvrir, de ma future vie.) J'ai pensé faire un livre de toutes ces images. Mais il aurait été de taille démesurée. Close