CHAPITRE :

OFFICE ENVY

UN EXTRAIT

Si vous étiez d'une galaxie lointaine et lisiez des romans contemporains, vous pourriez croire les humains futiles et oisifs, et on ne vous en voudrait pas. Le mot « bureau » pourrait apparaître entre les adultères et les divorces, les médiations sur la mortalité et les vicissitudes des parents, mais rares sont les ouvrages contemporains qui évoquent les heures innombrables que la plupart d'entre nous consacrent à l'achat d'objets aussi inutiles qu'encombrants et de vêtements pour nos enfants. Moi, j'adore travailler. Mon premier roman s'ouvrait dans un bureau et mon dernier ouvrage est ancré dans le rituel des bureaux. En tant qu'écrivain, je passe la plus grande partie de ma journée au lit, à pianoter sur un ordinateur portable juché sur mon ventre, mais que ne donnerais-je pas pour un brin d'interaction humaine, pour un potin de bureau, pour une réunion secrète devant la machine à café, pour un coupe-papier qui rappellerait que je suis en vie. En Savoir Plus

Si vous étiez d'une galaxie lointaine et lisiez des romans contemporains, vous pourriez croire les humains futiles et oisifs, et on ne vous en voudrait pas. Le mot « bureau » pourrait apparaître entre les adultères et les divorces, les médiations sur la mortalité et les vicissitudes des parents, mais rares sont les ouvrages contemporains qui évoquent les heures innombrables que la plupart d'entre nous consacrent à l'achat d'objets aussi inutiles qu'encombrants et de vêtements pour nos enfants. Moi, j'adore travailler. Mon premier roman s'ouvrait dans un bureau et mon dernier ouvrage est ancré dans le rituel des bureaux. En tant qu'écrivain, je passe la plus grande partie de ma journée au lit, à pianoter sur un ordinateur portable juché sur mon ventre, mais que ne donnerais-je pas pour un brin d'interaction humaine, pour un potin de bureau, pour une réunion secrète devant la machine à café, pour un coupe-papier qui rappellerait que je suis en vie. Le plus drôle, c'est que quand j'ai eu de vrais boulots, j'ai toujours été très mauvais. J'étais collégien quand je tentai pour la première fois de rejoindre les rangs de la population active américaine. J'étais censé vendre des leçons de piano à Manhattan, dans Union Square Park et j'étais rémunéré à la commission. Je devais me tenir au milieu du parc, affublé, tel un homme sandwich, de gigantesques panneaux en forme de piano, et distribuer des tracts pour des leçons de piano. Je devais avoir quinze ans, je ne connaissais pas Manhattan, venant moi-même du fin fond du Queens, et peut-être n'avais-je pas bien cerné la nature du commerce juteux qui se tenait dans Union Square Park à la fin des années 80. « Joint, herbe, un bon trip ». « Cocaïne. J'ai de la coc! » « Toute la dope que vous voulez. Pas coupée. Oui, j'ai c'qui t'faut. » « Aimeriez-vous apprendre à jouer du piano ? » Inutile de préciser que je n'ai pas gagné un sou ce jour-là, même si pour ma défense, ma très petite taille n'avait certainement pas aidé, englouti comme j'étais par les panneaux en piano. Les affaires étaient florissantes pour les autres vendeurs du parc et je leur souhaite aujourd'hui le même succès dans leurs activités actuelles. Close